Je m’appelle Pierre , j’ai cinquante ans et je suis joueur compulsif abstinent depuis sept ans.

J’ai eu une enfance heureuse, sans problème. Mon père et ma mère formaient un couple aimant et équilibré. Nous vivions dans l’aisance matérielle et rien ne permettait de prévoir que je quitte un jour les « voies de la raison »

Jeune homme, j’étais un joyeux drille, sachant travailler mais aussi aimant beaucoup sortir en soirées. Je pense que mon entourage me reconnaissait des qualités de jeune homme entreprenant, ouvert et dynamique.

Mes premiers contacts avec le jeu furent directement excessifs. Au cours de mes études supérieures, je logeais dans une chambre d’étudiant en ville et je passais déjà bien des soirées à jouer au « poker » avec des camarades. A cette époque, l’assuétude n’était pas ravageuse car, comme on jouait entre amis, chacun gagnait ou perdait tour à tour. Ce n’était donc pas en soi le « gain » qui m’attirait, mais l’excitation du risque et la douce anxiété de l’attente du résultat de la session de jeu en cours.

Parfois, je risquais mon argent sur des machines à sous. Là, la perte était inéluctable. J’en vins même à me priver de manger convenablement pour réserver au jeu l’argent que me remettaient mes parents. Je fis même déjà quelques emprunts à des amis ou au concierge de l’Institut où j’étais inscrit. Je cherchai même du travail au noir pour me faire des sous. C’est ainsi que je devins gardien de nuit d’un entrepôt commercial.

J’étudiais, je travaillais…et je jouais.

Mes études terminées, je trouvai une situation dans le milieu des banques et des organismes de crédit. Mon salaire était confortable et j’en réservai une partie au jeu sans tomber à cette époque dans la démesure. Je jouais et je me contrôlais sans grands problèmes.

A l’occasion de mon mariage, je résolus de m’interdire d’encore jouer. Mes bonnes résolutions me permirent de ne pas connaître la mésentente conjugale à cette époque. Puis, de fil en aiguille, je retournai au jeu et, de manière assez étonnante, je me mis à gagner. J’étais devenu assez «expert» aux tables de poker et j’accumulai un petit capital, que je dissimulais évidemment à mon épouse. Mais je devins de plus en plus audacieux et j’entrepris d’appliquer mes talents de joueur dans des cercles de jeux clandestins de ma ville. Là, je perdis toutes mes illusions : à table, j’avais devant moi des tricheurs et des professionnels de la nuit qui me « plumèrent » facilement. Mon capital-jeu  fondit comme neige au soleil.

Le poker perdant de plus en plus de ses attraits (en fait l’excitation était devenue banale) je risquai le Casino. Là aussi, lors de mes premières visites, je gagnai parfois ou, en tout cas, je perdis peu. Jusqu’à un certain point, je contrôlais ma manière de miser, sans tomber dans la déraison.

Mais le jour vint, après un certain temps, où je fus dépassé par l’émotion. Un soir, je quittai le Casino après une perte assez sévère. Le lendemain, je prélevai une somme considérable sur mon livret de dépôt et je me rendis au même endroit. Je misai allègrement sur le 11, le 14, le 23 et le 29 ! Je sortis avec un gain considérable ( la contre-valeur de 15.000 euros d’aujourd’hui )

La direction du Casino m’offrit solennellement le champagne. J’étais la vedette, j’étais le roi ! J’avais vaincu le hasard !

Entre-temps, j’étais devenu cadre d’entreprise, responsable de l’octroi du crédit, dans la banque où je travaillais. Déjà, je me rendais compte d’un paradoxe : moi qui étais calculateur, analyste subtil dans la gestion de l’argent d’autrui, je vivais dans le fantasme total par rapport à mon propre argent. J’en étais arrivé à croire que mes chiffres fétiches (en fait des dates de naissances ) avaient un pouvoir magique et pourraient me permettre de gagner. J’étais donc pris dans le jeu impossible des martingales. Moi, le calculateur né, j’y croyais dur comme fer.

Après quelques jours, je me fis la réflexion suivante : « De la somme engrangée, reprends la valeur de l’argent de la mise initiale et laisse chez toi l’argent gagné. Tu pourras reproduire l’opération qui t’a récemment si bien réussi »

Ainsi dit, ainsi fait. En une heure cette somme fut perdue. Je revins alors à la maison reprendre « l’argent du jeu » et en une nuit de folie, de transes et de sueurs, je reperdis, avec les mêmes chiffres fétiches, la totalité de la somme. J’étais dans un tel état nerveux et j’agissais avec une telle démesure que le croupier en arriva même à me dire :

«Monsieur, soyez vigilant quand même. Les jetons que vous avez en mains, c’est de l’argent…»

J’avais la rage au corps. Du fait de la grande confiance que me faisaient les épargnants, j’empruntai subtilement de l’argent à des clients de la banque pour mon propre compte et je repartis pour longtemps dans des sessions de jeu épouvantables. Le casino ne me suffisait plus. Je commençai à jouer aux machines à sous. La situation empira encore. En effet ces appareils, visiblement, ne répondaient même plus à la simple notion de hasard. Ils sont visiblement trafiqués pour ne donner de sessions payantes que quand l’ordinateur qui y est incorporé décide qu’il peut lâcher du lest. J’en vins à jouer chaque jour. Je vivais dans l’angoisse et même dans la panique. J’empruntais pour remettre, soi-disant, mon salaire  à mon épouse, j’empruntais pour jouer, j’empruntais pour payer les intérêts de mes autres emprunts et même pour assurer leur remboursement.

Ma vie était devenue un enfer. Mon épouse se posait toutes sortes de questions, bien qu’elle ne fut pas tout à fait dupe, ni plus ni moins, d’ailleurs, que mon employeur. J’avais perdu le sommeil. Je n’avais plus de goût pour rien. Je consultais quatre médecins différents afin d’obtenir des prescriptions de « Tranxène » à peine capables de m’apaiser. A chaque accès de panique, je croyais réellement mourir.

Je ne jouais plus pour gagner, comme quelques années plutôt. Je n’y mettais plus aucune sagacité. Je jouais « pour jouer », sans illusions et sans passion. Mon adresse et mon expérience professionnelle ne me servait plus qu’à gérer un fouillis incalculable de comptes, de crainte que la vérité ne fut mise à jour.

Cette situation dura pendant deux ans. J’avais accumulé des dettes considérables. Je me fis alors un pari insensé : renouveler au casino de Monte-Carlo l’opération qui m’avait permis de gagner avec bonheur quelques années plus tôt. Là-bas, les mises ne sont pas limitées. Les chances de gain sont plus importantes mais le risque de perdre est démultiplié. C’était le paroxysme du fantasme. Comme si Monte-Carlo était plus propice au gain qu’un autre établissement de jeu  ! Je détournai de l’argent de la banque pour un terme défini, dans ma notion du moment. Je rembourserais après mon gain. Je me rendis à Monaco, prétextant un voyage d’affaires et je perdis là en un jour et une nuit une somme équivalente à 40.000 euros d’aujourd’hui.

Je quittai l’endroit pour rentrer à la maison. A mon retour, je me saoulai de bar en bar et la police me ramassa dans la rue, ivre-mort, pour me transférer dans un hôpital public où ma femme vint me récupérer.

C’était le temps de l’aveu. Il me fallut bien mettre ma situation à plat. Quand elle sut le fin mot de l’histoire, ma femme me quitta. Depuis belle lurette, elle avait pris un amant, avec lequel elle s’installa en ménage.

Je pris une chambre en ville. Mon employeur me convoqua. Evidemment, le pot au roses de mon détournement avait été découvert. Pour ne pas entamer l’honorabilité de la banque, je fus forcé à la démission plutôt qu'à d’être renvoyé dans l’infamie. La banque me fit signer une reconnaissance de dettes pour ne pas avoir à liquider les dernières sommes – bien peu de choses – qu’elle me devait encore.

Je consultai un Centre de Santé Mentale et rencontrai là-bas un psychiatre particulièrement averti qui me suggéra un traitement spécifique. Je rejoignis aussi un groupement de Joueurs Anonymes. En plus des soins prodigués, je rencontrai là-bas un climat de fraternité et de sympathie exceptionnel. Je pus m’ouvrir à tous et à chacun dans la cordialité et l’amitié. Je visite souvent le groupe quand je le peux. Je pense y apporter l’aide nécessaire à autrui, mais je m’y souviens surtout d’où je viens. Il est utile d’entretenir sa mémoire quand on est joueur compulsif. 

Je m’installai dans une autre ville comme expert financier ( ! ) indépendant. Rapidement, je renouai avec le succès professionnel et je pus engager un remboursement aisé de la partie exigible de mes dettes. Mon habileté à gagner de l’argent faisait à nouveau merveille.

Aujourd’hui, le jeu est loin de moi. Il m’a fallu connaître une épouvantable détresse pour comprendre. J’ai pu reconstruire ma vie sans trop de regrets ou d’amertume. Grâce au traitement psychiatrique et à mon application à fréquenter les « Joueurs Anonymes », j’ai pu évacuer mes remords.

Mais aux joueurs qui se posent des questions sur leurs comportements je dirai sans vouloir épouvanter quiconque :

« Qui m’aurait dit, à l’époque de l’ivresse du gain, qu’un jour je perdrais, à cause du jeu, ce que j’avais de plus cher au monde, ma femme, ma fonction professionnelle et bien plus encore, mon honneur ?

 

Le principe biblique est que l'homme doit gagner son pain par son travail, non seulement pour survivre, mais aussi pour donner à d'autres : Gen. 3:19; Éph. 4:28; 1 Thes. 4:10-12 ; 2 Thes. 3:10-12.

Le  croyant est par ailleurs guidé par le Saint Esprit, et non par le hasard.

Ces instructions de la Parole de Dieu suffisent concernant  l’attitude du chrétien face aux jeux de hasard

Si quelqu'un était tenté par ces gains faciles, il peut aussi se poser quelques questions complémentaires :

a) qu'est-ce qui lui fait penser que les indications de la Parole - de gagner son pain par son travail - ne sont pas suffisantes et qu'il faut une autre  méthode ?

b) quelles sont les motivations profondes du désir de gagner ?

c) Voulons nous plaire au Seigneur et Le servir même dans la difficulté, ou choisir la voie facile des jeux du monde, ou peut-être de la paresse et de l'incrédulité,  en utilisant des moyens qui deviennent un jour ou l'autre des pièges de Satan ?

Veillons sur nous-mêmes et gardons-nous des tentations que le diable sait si habilement placer devant nous.

 

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